24
Février

Lettre ouverte de Françoise Verchère à Manuel Valls

Monsieur le Ministre de l’Intérieur,

 

Je vous ai entendu commenter dès samedi soir les événements en marge de la manifestation contre l’aéroport de Notre Dame des Landes et vos propos appellent de ma part quelques réactions et aussi plusieurs questions.
 
Sur les chiffres d’abord : vous avez parlé de 1000 casseurs et de 20 000 manifestants dont vous avez dit qu’il fallait les différencier des premiers. Je crois décidément que vos services ont un problème avec le calcul car nous étions beaucoup plus de manifestants et il y avait beaucoup moins de casseurs : disons qu’on pourrait diviser le premier chiffre et multiplier le second par deux au moins pour approcher de la vérité. Mais dans cette affaire d’aéroport, la vérité est décidément malmenée depuis longtemps…

 

Sur les fameux casseurs : je vous avoue que j’ai été très surprise de comprendre que vos services les connaissaient visiblement bien (vous avez donné des précisions sur leur origine, leur positionnement politique) et même qu’ils savaient ce qui allait se passer. Depuis deux jours, les bruits couraient sur des incidents à venir ; les avocats savaient qu’ils risquaient d’être réquisitionnés pour de nombreuses gardes à vue. Samedi matin, au moment où nous étions avec les tracteurs à l’aéroport de Nantes-Atlantique, les policiers présents nous ont spontanément parlé des « blacks blocs », en nous disant « qu’ils allaient gâcher notre manifestation ».

 

Je m’étonne donc que « les forces de l’ordre » n’aient pas été au fond plus efficaces puisque cela aurait dû être leur mission, n’est-ce pas ? Puisque l’on sait désormais interdire un spectacle avant même qu’il n’ait lieu, et puisque nous n’avons pas sur la ZAD 1000 casseurs ni blacks blocs, pourquoi ne les avez-vous pas fait arrêter avant leur arrivée ? J’imagine que s’ils sont si dangereux, vous avez certainement des preuves et même des faits graves à leur reprocher ?

 

Mais peut-être préfériez-vous les arrêter en flagrant délit ? Est-ce pour cela que vous n’avez pas fait protéger l’agence Vinci, située au tout début du parcours de la manifestation, pas plus que des engins de chantier Vinci aussi (car Vinci est partout vous le savez, immobilier, parkings, aéroports…) dont vous saviez qu’ils seraient forcément des cibles ? Est-ce pour cela que la Préfecture n’a autorisé qu’un parcours ridiculement petit, jamais vu jusque là ? Est-ce pour cela que les échauffourées localisées dans un périmètre pourtant restreint ont duré plusieurs heures ? Et au bout du compte combien y a-t-il eu d’interpellations ? Une douzaine seulement…C’est assez curieux et à vrai dire difficilement compréhensible alors que les moyens déployés étaient impressionnants, en hommes et en matériel anti-émeute, alors que la fermeture du centre ville était inédite, alors qu’il y avait vraisemblablement des hommes à vous des deux côtés.
 
Évidemment les images de « la guérilla urbaine » dont vous avez parlé seront reprises à l’envi plus que celles du char-triton, des 520 tracteurs présents ou des nombreuses familles manifestant paisiblement. Évidemment, cela permettra d’occulter une fois encore le fond du dossier, évidemment le chœur des partisans de l’aéroport poussera des cris horrifiés en rejetant la responsabilité sur les organisateurs de la manifestation.
 
Organisateurs qui ont pourtant tenté d’éviter l’affrontement en interposant des tracteurs entre l’imposant mur de fer érigé et ceux qui voulaient effectivement en découdre.
 
Organisateurs dont le métier n’est pas d’assurer l’ordre, vous en conviendrez et à qui il serait malvenu de demander de faire mieux que vous… Organisateurs particulièrement choqués, en tout cas, par les propos du Préfet de Loire-Atlantique qui n’a pas hésité à affirmer que nous « opposants historiques » devions cesser « d’être la vitrine légale d’un mouvement armé ». Je me suis pincée pour y croire…encore un peu de temps et nous finirons nous-mêmes par être tenus pour de dangereux terroristes alors que nous avons participé loyalement au débat public, et à toutes les commissions mises en place. Débat déloyal puisqu’il y a une « vérité officielle » intangible même quand elle est contraire aux faits, aux chiffres et à la réalité. Le Premier Ministre ne reconnaît la validité que de la commission du dialogue à qui il avait donné mission de valider à nouveau le projet, mais refuse de regarder les conclusions accablantes de la commission des experts scientifiques au regard de la loi sur l’eau. Comment croire encore à la parole de l’État ?
 
En réalité, Monsieur le Ministre, tout cela est très lisible et vieux comme le pouvoir.
 
Pour discréditer notre combat, et tenter de retourner l’opinion publique qui nous est aujourd’hui favorable, on fera appel à la peur du désordre, on utilisera l’image, déplorable je vous l’accorde, des dégradations commises par les méchants casseurs et on justifiera ainsi une nouvelle opération policière pour aller enfin nettoyer la ZAD de ses « délinquants dangereux », en même temps que de ses tritons et de ses paysans. Il faudra mettre les moyens (ils sont mille, ne l’oublions pas, et les tritons innombrables…) mais vous y êtes peut-être prêts pour que « force reste à la loi »? Permettez-moi de vous le déconseiller car pour que nous, citoyens, acceptions désormais cette clef de voûte théorique de la société, (« la seule violence légitime est celle de l’État »), il faudrait que l’État soit irréprochable, que la loi soit juste et que ses représentants soient dignes du mandat que nous leur avons confié. Vous avez compris, je pense, que ce n’est pas le cas depuis longtemps.
 
Depuis deux jours, j’ai lu et entendu que le centre ville de Nantes était « saccagé », qu’un commissariat avait été « dévasté », qu’il faudrait du temps pour « panser les plaies de la ville », que les dégâts ne pouvaient pas encore être chiffrés, autant dire que c’était l’apocalypse. Les mots eux-mêmes sont visiblement sens dessus dessous... Puis-je vous suggérer de venir à Nantes pour juger de la situation ? Aujourd’hui dimanche, flottait certes une petite odeur de gaz lacrymogène, mais le tramway roulait et les nantais flânaient. Je ne nie pas les poubelles brûlées, les pavés arrachés, les vitrines brisées et les murs maculés dans le secteur des affrontements. Je déplore ce vandalisme d’autant plus que nous dénonçons par ailleurs le gaspillage d’argent public qu’induirait le transfert de l’aéroport !
 
Mais je voudrais aussi vous rappeler que samedi des personnes âgées, des enfants ont été noyées sous les lacrymogènes. Et qu’un jeune manifestant a perdu un oeil à cause d’un éclat de grenade assourdissante. Ce n’était pas un casseur. Et cela nous rappelle le même malheur survenu déjà à Nantes, à cause d’un tir tendu de flash ball lors d’une manifestation sans violence devant le Rectorat. Les aubettes seront reconstruites, cela fera même monter le P.I.B mais ce jeune restera, lui, marqué à jamais. Cela m’interroge sur la manière dont les forces de l’ordre utilisent leurs armes et me scandalise davantage que la casse matérielle. Et demain, si le gouvernement persistait dans son projet d’aéroport, la destruction du bocage de Notre Dame des Landes et de la vie qu’il abrite serait elle aussi irréversible.
 
Il faut arrêter un projet désormais dans l’impasse et régler le problème en prenant la seule décision raisonnable : respecter la loi sur l’eau, améliorer l’aéroport de Nantes-Atlantique et rendre sa sérénité à Notre Dame des Landes pour que la ZAD redevienne une campagne où vivre et travailler. Vous pourrez ainsi, Monsieur le Ministre, vous consacrer aux blacks blocs si vous le jugez indispensable.

 

Dans l’espoir de votre réponse, je vous assure de mes salutations les plus distinguées,
 
Françoise Verchère,
Conseillère générale de Loire-Atlantique

 

12
Mars

Régions de l’Ouest : aggravation du risque inondation en cas de nouvel aéroport

Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République, 10 mars 2014

 

Monsieur le Président de la République,

Ces deux derniers mois, nos territoires de l’Ouest ont été gravement éprouvés par les inondations consécutives à la forte pluviométrie. Certains membres du Gouvernement se sont déplacés et ont pu constater par eux-mêmes les dégâts générés, les difficultés à faire face au quotidien, les risques aussi au regard de la vie des habitants. Ils ont partagé notre sentiment d’impuissance.

 

Un nouvel aéroport à Notre Dame des Landes signifierait la disparition de centaines d’hectares de zones humides. Or, leur rôle en tant que zones tampons et régulateurs dans la prévention du risque inondation est largement reconnu. D’ailleurs, le rapport de la commission d’enquête préalable à la déclaration d’utilité publique du projet de nouvel aéroport (2007) précisait que sa construction augmenterait le risque d’inondations vers le canal de Nantes à Brest et celui de l'Isac. Le Pays de Vilaine serait donc directement impacté par le projet de nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

 

Malheureusement, ce « risque inondation » a été complètement écarté par les porteurs du projet. Les documents soumis à enquête publique précisent même qu’il n’y a aucun risque inondation.

 

Pourtant, l’eau aujourd’hui engrangée sur le plateau bocager où est prévue l’implantation de l’aéroport devra bien aller quelque part si le projet se réalise. Où ? Aucun document mis à notre disposition ne permet de répondre à cette question. Pouvons-nous envisager de faire courir des risques supplémentaires à des territoires déjà très exposés ?  

 

En visite à Redon et Guipry-Messac, le 11 février dernier, le Ministre de l’Ecologie, Philippe Martin, déclarait : « Les évènements se répètent. Ils ne sont pas exceptionnels dans l’importance, mais dans la durée. Il faut faire le lien avec le dérèglement climatique. La transition écologique, énergétique est une nécessité absolue. La culture du risque doit devenir quotidienne. Il faut investir pour retarder ce genre d’évènement. »

 

La Conférence mondiale sur le Climat se tiendra à l’automne 2015 à Paris. Nous vous demandons, dans un souci de cohérence entre vos discours et vos actes, dans un souci de responsabilité envers les populations ligériennes et bretonnes déjà éprouvées, de solliciter de nouvelles expertises sérieuses, objectives et contradictoires, tenant compte des évènements récents et à prévoir, eu égard à ce risque mais aussi sur les autres pans du dossier qui posent problème.

 

« Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal mais par ceux qui les regardent et laissent faire »
(A. Einstein).

 

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.

 

Elu-e-s signataires :

Anne-Marie Boudou, conseillère régionale Bretagne

Sophie Bringuy, vice-présidente Environnement Conseil régional Pays de la Loire

Yannick Jadot, député européen

Joël Labbé, sénateur (56)

René Leblanc, maire de Quelneuc (56)

Geneviève Lebouteux, conseillère rég. Pays de la Loire

Isabelle Loirat, conseillère municipale Nantes

René Louail, président groupe élus EELV Bretagne

Jean-Philippe Magnen, président groupe élus EELV Pays de la Loire

Janick Moriceau, conseillère régionale Bretagne

Christophe Dougé, conseiller rég.  Pays de la Loire, président commission inondations du Comité de bassin Loire Bretagne

Jean-Paul Naud, maire  Notre Dame des Landes (44)

Sylviane Rault, conseillère régionale Bretagne

Gaëlle Rougier, conseillère régionale Bretagne

Philippe Trotté, maire  Vigneux de Bretagne (44)

Françoise Verchère, conseillère générale 44

Jean Pierre Maisonneuve, maire  Campbon (44)

François Favry, maire La Grigonnais (44)

Lionel Lardeux, maire Héric (44)

Yannick Rabillé, maire  Saint Lumine de Coutais (44)

Jocelyne Poulin, maire  Saffré (44)

Jacques Dalibert,  maire  La Chapelle Launay (44)

Bruno Miot, adjoint  Vigneux de Bretagne (44)

14
Mars

Lettre ouverte d'associations environnementales au président du CR Pays de la Loire

Monsieur le Président du Conseil Régional,

 

Nous ne pouvons vous cacher notre surprise à réception de votre courrier du 28 février 2014, qui laisse entendre que nos associations pourraient être solidaires des violences qui ont émaillé et gâché la manifestation d’opposition au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes le 22 février dernier. La presse s’étant fait écho de ce courrier en début de semaine, c’est par une lettre ouverte que nous vous répondons.


Nos associations sont engagées depuis plusieurs décennies dans la protection de l'environnement, la défense de la biodiversité, des paysages et des éléments essentiels que sont l'air, l'eau et les sols. Elles sont agréées au titre du code de l’environnement et, pour certaines d’entre elles, reconnues d’utilité publique. Au prix d’efforts bénévoles conséquents, nous agissons au quotidien pour que l’environnement soit mieux pris en compte et préservé.

 

Ainsi que l’a déclaré le premier ministre Jean-Marc Ayrault à Nancy le 14 février dernier à l’occasion d’un discours relatif à l’engagement associatif, grande cause nationale 2014, « dans tous ces domaines, les associations sont amenées à prendre le relais des solidarités familiales et de la puissance publique, et notamment des collectivités locales. Et c’est d’ailleurs une vraie chance pour notre pays, car l’implication des associations permet de démultiplier l’action publique et mobiliser plus largement encore toutes les énergies. Il y a donc un vrai besoin de consolider l’action des associations tout en préservant ce qui fait leur force : leur indépendance et le libre engagement de leurs membres ».


Depuis leur origine, nos associations ont montré leur pacifisme foncier et viscéral. En ce domaine notre exemplarité est sans conteste. Il n’est en revanche pas rare que nous fassions l’objet de violences de la part de groupes de pressions qui s’opposent à notre vision de la société, que cette violence soit verbale (insultes, menaces, etc.) ou physique (agressions, saccage de locaux, etc.). C’est pourquoi les doutes que vous exprimez quant à notre soutien éventuel à des mouvements violents blessent profondément les centaines de milliers de bénévoles que nous représentons.


Vous évoquez dans votre courrier le fait que les associations et experts ont été entendus. Si ces groupes de travail ou comité convoqués par le Préfet de Région nous ont permis de nous exprimer, il est constant que l’écoute qui en a découlé est factice et que le projet ne respecte pas les règles de protection de l’environnement.


Pour illustration, la nomination du collège des experts scientifiques, concession accordée par l’État, a été dévoyée : les 12 réserves fondamentales formulées par ce collège, mettant en évidence l’inadéquation de la méthode de compensation à la destruction de zones humides avec le droit applicable, n’ont jamais été levées. De même, le travail réalisé par le collectif des Naturalistes en lutte n’a aucunement été pris en compte alors même que le Conseil national de protection de la nature formulait une demande d’inventaires complémentaires.


Nous restons opposés à ce projet via les moyens pacifiques qui sont ceux de nos associations, en première place desquels figure la demande de respect du droit.


Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président du Conseil régional, l’expression de nos sincères salutations.

14
Mars

Lettre ouverte du COPAIN à Jacques Auxiette

Monsieur le Président,

 

Chacune de nos organisations a reçu votre courrier daté du 28 février. Les sujets que vous y abordez sont traités de manière collective par les organisations que nous représentons. C’est pour cette raison que ce courrier est la réponse du Collectif des Organisations Professionnelles Agricoles Indignées par le projet d’aéroport, connu sous l’acronyme COPAIN.

 

Les éléments fondateurs de notre collectif s’appuient sur les valeurs que nous défendons au long cours.

  • Le social avec l’objectif de maintenir, voire d’augmenter, les emplois pour un milieu rural vivant.
  • La relocalisation d’une agriculture durable (dont la Bio) et le développement des circuits de proximité, notamment en RHD.
  • La mise en œuvre de la transition énergétique en diminuant la consommation d’énergie et l'émission des Gaz à Effet de Serre dans les exploitations
  • Le maintien du bocage permettant la production d’énergie renouvelable et le maintien des paysages.
  • La préservation du foncier et des sites d’exploitation.

 

M le Président, le Conseil Régional partage ces valeurs avec nos organisations dans des projets que nous construisons ensemble sur le long terme, que les élus ont décidé de financer, reconnaissant ainsi nos compétences respectives. Nous nous étonnons que vous puissiez imaginer une remise en cause de ces collaborations et serions profondément désolés que nos convergences de vue sur ces sujets puissent un jour diverger.

 

Soutenir les paysans résistants à Notre Dame, protéger la ferme de Bellevue de la destruction, et demander conjointement et solidairement avec toutes les composantes de la lutte l'abandon du projet et l'optimisation de l'aéroport actuel c'est aussi défendre fermement ces valeurs.

 

Mais soyez assuré que nos avis différents sur ce sujet ne remettront jamais en cause, pour notre part, nos multiples collaborations fructueuses par ailleurs.

 

En espérant une meilleure compréhension de part et d’autre, nous vous prions de recevoir, Monsieur le Président, l’expression de nos sentiments respectueux.

 

Les six Présidents des organisations agricoles de Copain 44

A propos

Association Citoyenne Intercommunale des Populations concernées par le projet d'Aéroport de Notre Dame des Landes Association luttant contre la création d'un autre aéroport à Nantes (Loire Atlantique), sur les communes de Notre Dame des Landes, Grandchamp des Fontaines, Vigneux de Bretagne et Treillières

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