11
Janvier

En premier, Merci d’être venus vous battre contre cette demande d’expulsion. Un des risques face à la justice face au rouleau compresseur de l’Etat et de Vinci, c’est de se sentir seul. Merci, d’être si nombreux. Les porteurs du projet devront prendre en compte cette foule, nous ne sommes pas seuls contre ce projet. Il faudra tenir compte de cette foule qui ne veut pas d’un aéroport à Notre Dame des Landes.

En effet, ce n’est pas seulement pour nous que vous êtes là. C’est pour dire que ce projet ne doit pas faire un seul pas dans la direction d’un début de travaux.

 

Qui sommes-nous ?

 

Des habitants, locataires bien avant 2008 ; par exemple Alphonse qui vit ici depuis plus de 80 ans. Beaucoup y ont vécu toute leur vie d’adulte.

Tous nous étions ici pendant l’opération César, avec une foule de combattants harassés voire blessés, avec les flics à proximité. Tous nous avons vécu l’occupation policière qui a suivi. Nous avons mis à disposition de la lutte la Vache Rit, la Rolandiére, les Fosses Noires. Avec l’aide des terres de Bellevue, nous avons réorganisé l’usage du foncier pour gérer les dégâts de l’opération César et s’organiser avec les activités agricoles de séme ta Zad.

Les paysans ont acheté soit du foncier en bordure de zone, soit une maison dans la zone pour limiter l’emprise de Vinci.

Les paysans ont participé d’une façon ou d’une autre à la grève de la faim.

Hervé était le premier occupant illégal en s’installant en 78 sur les terres de ses parents.

Nous ne gênons pas physiquement Vinci pour l’année 2016, quels que soient ses projets.

Mais nous sommes des opposants à abattre, nous n’avons pas encaissé les chèques des expropriations et nous n’avons jamais signé de bail annuel avec Vinci pour vivre dans nos maisons ou utiliser nos parcelles historiques. Selon la bible de Vinci, notre activité agricole est illégale et donc nous devons partir.

Pour dire vrai, cette procédure nous a surpris. Après les jugements de 2012, nos dossiers dormaient tranquillement. Depuis 1974, beaucoup de dossiers marqués Notre dame ont dormi et longtemps.

Nous avons pensé qu’il s’agissait du sommeil qui précède la victoire. Nous nous sommes habitués à vivre cette situation instable, à le vivre sereinement et à tenir nos maisons et nos fermes comme si le projet n’existait pas.

Nous vivons dans cette zone dite de non droit, à côté de ces gens dits ultra violents. Nous le vivons plutôt bien, il y a des complications bien sûr, mais si vous connaissez une communauté de 300 personnes sans complications, faites nous signe. Face à la propagande criminalisant les zadistes, il y a maintenant ce film de 25mn auto réalisé et disponible sur le net, et le dossier agricole de la Zad dans Campagnes Solidaires. Les gens peuvent aimer ou pas, mais au moins ce sera en connaissance de cause.

Cette ambiance sur la Zad a permis des réunions, entre différentes composantes de la lutte pour réfléchir à notre avenir après la victoire.

Cet avenir de la zone, nous le voulons sans aéroport. Nous le voulons commun.

Nous voulons que tous historiques agriculteurs et locataires, et occupants d’autre part y aient une place. Nous voulons prendre soin de tous les habitants.

Aujourd’hui, c’est l’enjeu, prendre soin des historiques pour qu’ils puissent rester à Notre dame.

Expulser les historiques, c’est finalement un bon angle d’attaque. On peut communiquer  sur les longs délais qu’ils ont eu pour s’organiser y compris pour faire les recours. Les Ailes pour l’ouest ont déjà essayé de faire le buzz sur «  tout l’argent qu’ils touchent, ils ne sont donc pas maltraités ». Le coup de génie, c’est les astreintes financières qui les feront partir sans besoin de la force publique.

Nous, on imaginait les CRS mettant les vaches dehors et là ça craignait. Ils ont de bien meilleurs moyens que cela : les astreintes.

 

Mais

Déloger les historiques seuls n’a pas de sens. Vinci ne peut pas se contenter d’obtenir notre départ sous quelques mois, détruire tout trace humaine pour éviter une réoccupation et revenir voir six mois plus tard. Non le calendrier est étroit. 2017 ne peut pas être une année de conflit à cause des élections. La période d’intervention pour la destruction des espèces les limite au printemps et donc au printemps 2016.

Aussitôt le départ des historiques fixé, il faudra attaquer l’expulsion des occupants, manu militari s’il le faut. Et dès le lendemain attraper 3 tritons de blasius, 2 crossope aquatique, 1 campagnol amphibie, quelques plantes rares et déposer tout cela dans un zoo du bocage nantais.

Expulser les historiques, c’est bien séparer des composantes de la lutte, ce que nous ne voulons pas.

Mais c’est surtout le premier pas de début des travaux et cela il n’en est pas question. Nous ne le laisserons pas faire. Vous ne le laisserez pas faire.

Pourtant nous ne demandons pas la lune, juste le respect de la parole du président. Concrètement, nous demandons le retrait du référé expulsion des historiques et de toute procédure d’expulsion jusqu’à l’épuisement des recours.

Avant de se quitter, je voudrais que nous ayons une pensée pour notre collègue paysan Philippe Layat, opposant au grand stade de Lyon, exproprié et qui s’est fait tabasser le 25 décembre dernier chez lui. La violence peut prendre différents visages, mais nous gagnerons tous ensemble.

 

10
Janvier

Merci d'avoir répondu à notre appel à cette journée de mobilisation ! Si nous nous retrouvons ici, nombreux-ses et profondément déterminé-es, ce samedi 9 janvier 2016, c'est parce qu' une audience en référé-expulsion au Tribunal de Grande Instance de Nantes a eu lieu à Nantes le 10 décembre, et que la procédure se poursuit. L'assignation concerne 4 exploitations agricoles et 11 familles : paysans, habitants locataires ou propriétaires historiques. Nous allons vous parler d'eux et de leur lutte, qui est aussi la nôtre.

 

Mais comment ne pas évoquer d'abord le contexte de cette procédure, contexte marqué par la tenue de la COP et l'état d'urgence.

 

La COP21 a vécu ses derniers jours, et avec eux les beaux discours du gouvernement. La France serait exemplaire dans la lutte contre le réchauffement climatique. L' « accord de Paris » serait un succès magnifique de notre diplomatie, alors que cet accord est notoirement insuffisant sur la réduction des émissions de CO2. Il est non contraignant, y compris sur le financement des mesures d'accompagnement du changement climatique pour les populations les plus menacées : les insulaires, les habitants des estuaires...

 

Hollande et Fabius seraient des sauveurs planétaires...

 

Alors que ce gouvernement, docile élève de l'Europe ultra-libérale, n'a de cesse de promouvoir le développement d'une agriculture soi-disant « durable » !

 

Alors qu'il soutient une agro-industrie excessivement polluante, qui détruit autant les sols qu'elle condamne les petites fermes !

 

Alors qu'il a une politique de subventions et de soutien aux grosses exploitations au détriment de l'agriculture paysanne !

 

Alors qu'il laisse se multiplier jusqu'à l'absurde les projets touristico-commerciaux qui dévorent ou artificialisent les terres agricoles !

 

Alors que la faiblesse toute relative des émissions de carbone de la France ne tient qu'au développement de ses réacteurs atomiques. Non contente d'en prolonger la durée de vie, elle cherche d'ailleurs à en exporter toujours davantage, laissant aux générations futures le fardeau des déchets et et l'impossible tâche du démantèlement des centrales !

 

Et nous pourrions développer bien d'autres exemples de l'hypocrisie de ce pouvoir !

 

Hollande avait pendant cette COP une excellente raison d'annoncer l'abandon définitif du projet, ou à tout le moins de réaffirmer son engagement, arraché par notre lutte, à attendre le rendu de la totalité des recours avant tout début de travaux et toute expulsion. Non seulement il n'en a pas saisi l'occasion, mais le gouvernement a laissé de fait AGO/Vinci lancer une procédure en urgence, un référé-expulsion.

 

L’État d'urgence proclamé à la suite des attentats de novembre a permis d'interdire de manifester. Une répression sans précédent s'est abattue sur les militants bravant cet état d'urgence.

 

Il s'agit d'instaurer la peur, de verrouiller le débat public et de casser les solidarités !

 

Aujourd'hui, nous bravons collectivement l'état d'urgence, l'urgence qui est la notre est celle de la défense des terres agricoles et de ceux qui les font vivre.

 

Revenons maintenant à Nantes, et aux personnes concernées par la procédure en cause.

 

AGO/Vinci qui a obtenu en 2010 la concession de la construction et de la gestion du futur éventuel aéroport, agit pour le compte de l’État via le ministère de l'écologie ; il est inimaginable qu'il ait pu lancer cette procédure sans un feu vert au plus haut niveau.

 

Ses prétentions sont exorbitantes :

  • l'expulsion immédiate, sans qu'il soit tenu compte de la trêve hivernale, sous peine d'astreinte de 200€‚ par jour et par dossier (5 pour certains) et si besoin avec le concours de la force publique.
  • saisie et mise sous séquestre des biens, outils de travail et cheptel.

Ces demandes révoltantes sont sans précédent... On peut comparer avec le cas de M. Ramery. Ce magnat du BTP est devenu agro-industriel avec la ferme-usine des mille vaches. Il dépasse de 380 bêtes son autorisation, il ne paye pas son astreinte journalière, et il n'a jamais été question de lui enlever ses vaches !

 

Toutes les personnes assignées sont concernées par l'accord politique de sortie de la « grève de la faim » de mai 2012, passé avec M. Hollande le 8 mai. Cet accord protégeait contre l'expulsion les habitant-e-s vivant sur la zone avant la déclaration d'utilité publique, c'est pourquoi elles sont parfois désignées comme « historiques ». Cet accord a été confirmé en 2014 par M. Ayrault et Valls. et élargi aux recours environnementaux (loi sur l'eau, espèces protégées) ; ces recours ne sont pas épuisés, ils ont été jugés seulement en première instance, alors qu'un acte juridique en comporte éventuellement trois : première instance, appel, cassation ou Conseil d'Etat.

 

Ces personnes, nos ami-e-s, nos frères et sœurs, ont affronté les tracasseries policières, administratives et judiciaires liées à l'expropriation ou l'expulsion. Alphonse continue à déclarer « je suis né ici, je reste ici ! ». Hervé s'est installé sur les terres de son père dès 1978, malgré l'annonce du projet. Joël a toujours refusé toute rencontre avec AGO et la chambre d'agriculture, il a décidé de rester jusqu'au bout avec sa famille. Marcel a été l'un des grévistes de la faim, Sylvie, paysanne au Liminbout depuis 1998, a fait un énorme travail de communication avec son blog « Paroles de campagnes »... Sylvain a été accusé d'agression envers les forces de l'ordre avec arme (son tracteur) pour avoir essayé de protéger des manifestants en s'interposant avec sa remorque. Il a finalement été blanchi de cette accusation. A l’automne 2012, au plus fort de l'Opération César, l'accueil par Sylvain et Brigitte à la Vache Rit des occupants des maisons détruites a permis la tenue pendant des semaines d'un QG pour la résistance. Ce quartier général a tout à la fois exprimé et soudé la solidarité dans le mouvement entre les anciens et les nouveaux arrivés. Les habitant-e-s de la Saulce, La Rolandière, Saint-Antoine, Les Fosses Noires, le Liminbout ont ouvert leurs maisons aux personnes en lutte, à l'automne 2012 mais bien avant aussi... Il faudrait les citer tous, toutes... Tous, toutes incarnent la résistance, tous, toutes portent la lutte ...

 

Malgré les engagements de mai 2012, une tentative ultra-violente d'expulsion hors de la zone de ces habitant-e-s les plus récent-e-s a eu lieu en octobre 2012. Nous en avons tous, toutes en mémoire le souvenir ou les images. La résistance déterminée des habitant-e-s et opposant-e-s, soutenu-e-s par un immense élan de solidarité des populations proches et la création de 200 comités de soutien dans toute la France et au-delà, a mis en échec la stratégie policière de l’État pour vider la zone. La zad de Notre Dame est plus active que jamais, il s'y invente d'autres formes de vivre ensemble, d'autres manières d'habiter, de cultiver... Des expériences prometteuses dans les domaines les plus variés ont vu le jour, et se poursuivent patiemment.

 

Malgré les propos de M. Valls, aucune date n'est actuellement fixée pour le début des travaux, il n'y a donc aucune espèce d'urgence. C'est si vrai que, dans le même temps, Vinci signe des baux précaires pour que des parcelles de la ZAD soient mises en culture la saison à venir.

 

Face à l'échec de la stratégie policière, relativement grossière, de 2012, une stratégie sournoise, apparemment plus discrète mais tout aussi violente, est maintenant lancée : celle qui consiste à frapper au cœur et au porte-feuille des paysan-nes et habitant-e-s, par les menaces sur les troupeaux, les maisons, ainsi que par les astreintes financières.

 

Le gouvernement prétend ainsi vider une partie de la zone à moindre frais et appauvrir la diversité sociale qui en fait la richesse et la force. Mais c'est sans compter sur la capacité du mouvement anti-aéroport à faire face. Aujourd'hui, nous sommes toutes et tous des paysan-nes en lutte et des habitant-e-s qui résistent !

 

Notre résistance est fertile car elle puise sa créativité dans nos différences. Nous devenons l'écho d'un peuple bigarré qui s'unit face à l'absurdité de ce monde... Nous nous préparons à faire face à toute éventualité !

 

Notre réactivité est un atout majeur. Bien qu'annoncée 3 jours avant seulement, nous étions nombreu-ses à l'audience devant le tribunal, le 10 décembre. Nous avons alors prévu une mobilisation le 16 janvier sur le périphérique nantais, AGO a obtenu une nouvelle audience le 13 janvier... Nous voilà présent-es le 9 !

 

Notre détermination est sans faille. On leur a pourtant déjà dit, on lâche rien !

 

Ce référé menace, non seulement les personnes assignées,

mais aussi tous les occupant-e-s de la zone,

mais aussi tous les opposant-es aux grands projets inutiles et imposés !

Ce référé cible des lieux de vie, de solidarité, d'organisation, d'invention d'autres mondes possibles de personnes qui refusent le monde du béton, du profit et de la terreur.

 

Et en cela le référé-expulsion nous menace tous !!!

 

Notre perspective est l'abandon du projet d'aéroport, et sans aucun délai l'abandon de la procédure à l'encontre des habitants historiques du site. AGO doit se désister de ses demandes d'expulsion !

 

À l'appel des composantes de la lutte contre l'aéroport :

des membres de la Coordination (ACIPA, ADECA, Agissons Pour l’Avenir, ATTAC, CANVA, CéDpa, CELA,

Confédération Paysanne 44, décroissanceS-MOC, GAB44, PG44, NPA, UD44 Solidaires, EELV, ENSEMBLE !,

Nature-Avenir, Natur-Action, OBSLAB, Vertou Écologie Solidarité, Sèvre Propre 2015, Solidarités Écologie), le

COPAIn, Naturalistes en lutte, des habitant-e-s de la ZAD, des comités de soutien...

 

A propos

Association Citoyenne Intercommunale des Populations concernées par le projet d'Aéroport de Notre Dame des Landes Association luttant contre la création d'un autre aéroport à Nantes (Loire Atlantique), sur les communes de Notre Dame des Landes, Grandchamp des Fontaines, Vigneux de Bretagne et Treillières

Autocollant Acipa 2012 fond-gris

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