19
Février

Lettre de René Leblanc, maire de Quelneuc à Philippe Martin, Ministre de l'Ecologie

Quelneuc  le 31/12/2013

Monsieur Philippe MARTIN
Ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie
Hôtel de Roquelaure
246 Bd St Germain
75007 Paris 7ème


Monsieur le Ministre,


Elu depuis 1986 et maire depuis 1995 de la petite commune de Quelneuc,  je vous prie de prendre connaissance d’une lettre ouverte que j’ai adressée la semaine passée à M. Auxiette.
Conscient des risques majeurs pour la vie sur notre planète liés aux excès de consommation des dérivés hydrocarbonés dont la combustion génère le gaz à effet de serre Co2, conduisant à des dérèglements climatiques inéluctables, j’ai beaucoup apprécié que vous ayez décidé de ne pas autoriser actuellement les recherches sur notre sol des gaz et huiles de schistes, puisqu’aussi bien ce sont précisément des dérivés eux-mêmes hydrocarbonés dont l’extraction laisse s’échapper dans l’atmosphère une quantité importante du fameux méthane (CH4), dont l’effet de serre est, hors combustion, 20 fois supérieur au seul CO2.


Nos grands élus de l’Ouest nous rappellent régulièrement, dans les colonnes de leurs publications respectives, la nécessité absolue de lutter contre le réchauffement climatique. Ils nous alertent, à juste titre, sur les conséquences dramatiques que connaîtront demain les jeunes générations, donc vos propres enfants et les leurs, si nous ne devenons pas raisonnables aujourd’hui.
Or, contre toute logique et malgré des faits têtus, dans une sorte d’amnésie collective de leurs grandes et judicieuses recommandations, ils applaudissent à la réalisation d’un aéroport à NDDL, jurant, dans une parfaite et étonnante mauvaise foi plus qu’hallucinante, que cet aéroport sera source de bonheur et de prospérité pour les bretons et ligériens, pour les décennies  à venir.
Que de mensonges, d’hypocrisies, contre-vérités et même ignorance chez certains, pour convaincre nos concitoyens, dont l’immense majorité ne possède pas les informations pour juger de l’aberration de ce projet ubuesque en ce début de XXIème siècle, projet qui n’est que le symbole d’un passé révolu.
Les arguments avancés et assénés à grand renfort de publicités payées par nos impôts, pour justifier l’injustifiable s’écroulent les uns après les autres :
  • Nantes Atlantique serait saturé : un pieux mensonge (voir mon courrier à M. Auxiette)
  • Il serait dangereux : il obtient le meilleur classement « A »
  • Il desservira le monde entier : faux. Les pistes auront l’exacte même longueur que NAI et ne supporteront donc que les mêmes jets.
  • 5 millions d’heures de travail seraient générées pour sa construction : la solution au chômage des bretons, je suppose (creuser et empierrer, à 6 m de profondeur, sous les pistes gorgées d’eau, détruire 1500 ha de terre et encore plus pour les accès, détruire des espèces protégées  mais construire pour tellement de bonheur promis à chacun). Or,  aujourd’hui, on nous dit que la rénovation de NAI aurait un coût plus élevé alors que le tramway n’est qu’à 1200m de l’aérogare. Cette rénovation devrait donc réjouir les décideurs puisqu’elle offrirait plus de travail et sans destruction des terres agricoles  si chères à notre ministre de l’agriculture.
  • A NDDL, les décollages et atterrissages seraient  incessants : mais, au fait, avec quelle énergie après-demain ? Pour transporter qui et où ? Oublierait-on de dire à nos concitoyens et aux bretons notamment que le kérosène n’est pas taxé, que le low-cost coûte énormément au contribuable, alors que l’on veut taxer encore et encore pour les transports de proximité des biens nécessaires à nos entreprises et à nos concitoyens.
Monsieur le Ministre, il est tellement patent qu’il serait préférable de relocaliser, notamment en Bretagne,  nombre de biens, produits quasi gratuitement par les pauvres du tiers-monde (le nouvel esclavagisme du XXIème siècle) et transportés par jet, au prix d’une pollution toujours croissante et de  faire payer au prix coûtant  les  loisirs lointains de nos concitoyens, que nos grands élus bretons, en contradiction avec leurs dires, ont fait le choix de toujours plus polluer. Je parie que notre Ministre du redressement Productif applaudirait toute relocalisation raisonnable et raisonnée.

Rassurez-vous, la nature si mal menée depuis plus d’un demi-siècle, ne supporte plus les outrages que nos élus s’acharnent à lui faire subir. Elle se venge déjà et ce n’est rien comparé à ce que les jeunes générations devront affronter.  Protégeons-les, si nous ne voulons pas être accusés de n’avoir été que de fieffés égoïstes. Devenons raisonnables, limitons au nécessaire et à l’utile les ressources épuisables et déjà trop consommées de nos dérivés hydrocarbonés. Nos grands élus ont conservé l’image des trente glorieuses. Ils n’acceptent pas les évidences. Malheureusement, ce seront leurs propres enfants qui paieront demain, au prix fort, leurs mensonges d’aujourd’hui. A une des membres de la Commission Chéreau à qui je le faisais remarquer, il me fut répondu  « je ne serai pas là pour le voir ». Je répondis que les reproches seraient émis à titre posthume. Belle mentalité ! Mais tellement courante, y compris chez nos élus qui se prétendent visionnaires mais ne sont en réalité qu’égoïstes arque-boutés à la défense d’intérêts très privés ou à une mégalomanie dérisoire..

Aujourd’hui, 31 décembre, NDDL et ses environs (Blain,  Saffré) sont sous les eaux. Demain, après les millions de tonnes de béton déversés et la destruction de toutes ces zones de rétention humides et  de cette faune si riche d’espèces protégées, je vous laisse le soin d’imaginer le désastre. Mais nos grands élus ne savent pas, ils feignent de croire ou de faire croire que « la croissance illimitée de  consommation de nos  richesses épuisables, donc limitées, peut encore être une réalité, alors qu’elle n’est  qu’absurdité.

La justification de ce projet ne repose plus que sur les projets immobiliers au Sud de Nantes, donc à la valorisation exponentielle de quelques notables propriétaires ou de grands groupes alléchés par les énormes plus-values immédiates en perspective  pour des actionnaires avides de biens matériels, mais non avisés et surtout aucunement visionnaires. Nous sommes à mille lieues de l’intérêt général.

Le bruit invoqué ne concernerait donc que la ville de Nantes située à 10kms de NAI. Munissez-vous d’un plan et observez Ablon et son lycée Georges Brassens  dans le prolongement de pistes d’où décollent 6 fois plus de jets qu’à NAI, et Villeneuve le Roi, à seulement 1Km d’Orly. Cet aéroport sera rénové, pas déplacé.

Loïc Marion chercheur à Rennes et grand spécialiste du lac de Grand Lieu a fort bien analysé et rejeté tous les faux arguments développés au sujet de ce lac. En revanche, des dérogations de destructions d’une faune remarquable viennent  de faire l’objet d’arrêtés les autorisant. Une honte, tout simplement. 

Hélas, comme le dit si bien la fable « la raison du plus fort est toujours la meilleure ». Forts d’une triste légalité politique (et encore ?), mais non d’une légitimité, et au mépris de l’avenir et des citoyens qui sont indignés,  messieurs les grands élus faites envoyer à NDDL toujours plus de CRS et garde mobiles, armés jusqu’aux dents,  ouvrir, par la force, la voie aux fossoyeurs. Monsieur le Ministre, si votre Ministère a encore une signification, si vous croyez en l’avenir de notre planète, ne soutenez pas ce projet. D’autres ministres vous applaudiront.

Merci, Monsieur le Ministre, d’avoir lu, les propos d’un élu et citoyen indigné et vigilant   
René Leblanc, maire
  Copie :  Mme DUFLOT  et Najat Belkacem; Mrs Montebourg,  Le Foll,  Garot,  Cuvilliers, Valls et Hamon     
                                            

 

A propos

Association Citoyenne Intercommunale des Populations concernées par le projet d'Aéroport de Notre Dame des Landes Association luttant contre la création d'un autre aéroport à Nantes (Loire Atlantique), sur les communes de Notre Dame des Landes, Grandchamp des Fontaines, Vigneux de Bretagne et Treillières

Autocollant Acipa 2012 fond-gris

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